Composition3p

Homélie pour l'Ascension

HOMELIE DE L’ABBE C. GOUYAUD POUR L’ASCENSION

L'Ascension à la croisée de tous les mystères de notre foi

Il y a sans doute peu de sujets plus stimulants pour la contemplation que la méditation de ce qu’on appelle l’analogie des mystères, c’est-à-dire la connexion intime des mystères de notre foi entre eux, leur liaison profonde. Il en va de l’harmonique de la foi.

Comment le mystère de l’Ascension, que nous célébrons aujourd’hui, est-il précisément relié à tous les autres mystères de notre foi, à commencer par le mystère de l’Incarnation, le mystère de Dieu fait homme ? Quand Jésus évoque son Incarnation, il nous en parle souvent en termes de descente, affirmant par exemple : « je suis le pain vivant descendu du Ciel. » Or si l’Incarnation est une descente, nous voyons comment l'Ascension répond précisément à ce mystère. Quand il parle de son Incarnation, Jésus s’exprime aussi en termes de sortie du Père : « je suis sorti du Père. » Dans ces conditions, l’Ascension se présente encore comme un retour vers le Père, une rentrée dans le Père. Et l’Incarnation met en exergue assurément l’humanité de Jésus, humanité qui entre par l’Ascension de façon irréversible dans la gloire de Dieu. Ainsi, nous voyons la cohérence entre l’Ascension et l'Incarnation.

De même, nous observons la cohérence entre l’Ascension et le mystère pascal, notamment à partir de l’ambivalence du terme « élevé », « exalté », que l’on trouve aussi bien en saint Jean que dans l’Epître aux Philippiens. Jésus, en effet, nous dit : « quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tout à moi. » Saint Jean de préciser que Jésus entendait par là le genre de supplice auquel il serait livré, c’est-à-dire la mort par pendaison sur le gibet de la croix. Mais ce terme « élever », « exalter », renvoie aussi à l'Ascension, c’est-à-dire à la glorification. C’est ce que dit saint Paul dans l’Epitre aux Philippiens : se faisant homme, il a été obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix. C’est pourquoi « Dieu l’a souverainement élevé et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et dans les enfers et que toute langue proclame que Jésus est le Seigneur. » (Ph 6, 9-11) Oui, l’Ascension c’est comme l’achèvement du mystère pascal où le Père glorifie Jésus de la gloire que le Fils avait auprès du Père avant que le monde fût (cf Jn 17, 5).

 

Mais il y a encore des connexions intimes entre l’Ascension et la Pentecôte que nous allons célébrer dans dix jours. Il fallait en effet, c’est ce que Jésus nous dit lui-même, qu’il partît, qu’il s’en allât, pour que l’Esprit-Saint nous fût envoyé. L’Ascension est donc une condition sine qua non de la Pentecôte, de l’effusion de l’Esprit-Saint. Nous pouvons le comprendre si nous avons bien présent à l’esprit le fait que les missions temporelles des personnes divines sont sur le modèle et l’exemplaire des processions divines éternelles. Nous savons en effet que l’Esprit-Saint procède du Père et du Fils - Filioque - ce qui signifie que l’Esprit-Saint procède de la réciprocité de l’amour mutuel du Père et du Fils. De même que l’Esprit-Saint procède du Père et du Fils éternellement, de même convenait-il que, dans le temps, l’Esprit- Saint fût envoyé par le Père et le Fils.

L’Incarnation, le mystère pascal, la Pentecôte. L’Ascension est encore reliée à ce qu’on appelle la Parousie, soit le retour glorieux du Christ à la fin de l’histoire. En effet, si Jésus s’en va, c’est pour revenir. Et la tension dite«eschatologique»de l’Eglise vers son accomplissement à la venue de son Rédempteur et Juge rend compte du dynamisme missionnaire de l’Eglise. Entre l’Ascension et la parousie, ce petit laps de temps dans lequel nous sommes, c’est précisément le temps de l’Eglise. Et ce temps se manifeste par un paradoxe, par une dialectique : alors que le Seigneur s’en est allé, il demeure pourtant toujours présent parmi nous, en particulier à la faveur du mystère de l’Eucharistie. Saint Thomas d’Aquin nous dit que Jésus, qui savait le soir du jeudi-saint qu’il allait quitter les siens sous son aspect naturel et sous ses traits reconnaissables et identifiables, décida de demeurer avec eux sous son aspect sacramentel, c’est-à-dire sous les signes du pain et du vin. Et, dès lors, tout notre effort durant ce temps de l’Eglise, pendant ce moment de l’Histoire, doit être de reconnaître les signes de la présence de Dieu dans le monde et dans notre vie.

Ainsi, nous voyons que l’Ascension renvoie à tous les mystères de notre foi. Et nous sommes émerveillés par cette harmonique et cette cohérence de notre foi. Amen

25 05 2017

Homélie transcrite à partir d’un enregistrement

Si vous souhaitez recevoir l’homélie dominicale, signalez-le à l’adresse suivante:

lbc.dec@free.fr 

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau

Date de dernière mise à jour : 27/05/2017