Paroisse de la croix glorieuse 2

Sources historiques du laemmele

L'agneau du sacrifice, l'agneau pascal

Avant d'aborder la notion de sacrifice évoquons d'abord l'épisode étrange du jugement de Pilate, où la condamnation à mort de Jésus est présentée de la façon la plus bizarre, mais qui nous donnera la clé pour la compréhension de la suite.

Après que Jésus ait comparu devant le procurateur, on s'attend à ce qu'il soit condamné ou acquitté. Or il n'est proprement ni condamné ni acquitté. Son sort est subitement lié à celui d'un autre prisonnier, non jugé, dont les écritures n'ont pas encore fait mention, jusque là. La question n'est plus : Jésus sera-t-il condamné ou acquitté ? Elle devient brusquement : qui sera supplicié, Jésus ou l'autre ? Et la décision ne sera pas prise par le juge mais par la foule.

Le plus étrange encore n'est pas cette procédure insolite. C'est le nom de l'autre. Il s'appelle Bar-Abba. La signification étymologique du nom de Barabbas est le fils du père (en araméen bar: fils de, et Abba, père). Or "fils du père" est le titre qui, de façon suréminente et transcendante, appartient à Jésus. Pour cet épisode, l'Evangile de Jean montre que Jésus est le fils unique du père unique, ou, de manière absolue, le Fils du Père. C'est Jésus qui devrait s'appeler Bar-Abba. Or c'est l'autre qui s'appelle ainsi. Ce n'est pas tout. L'autre, comme nous le verrons, s'appelle aussi Jésus, Jésus Bar-Abba. La foule décide entre deux personnages qui s'appellent tous les deux Jésus et qui sont tous les deux Bar-Abba, l’un par le nom, l'autre en réalité. 

Ecce homo

Quel est cet imbroglio ? Parmi les difficultés que soulèvent les évangiles, c'est une des plus voyantes, c'est un des paradoxes les plus flagrants. Et c'est encore Luc, avec son souci d'expliquer qui apporte un peu de clarté. Pilate après l'instruction faite par lui et par Hérode, rend la sentence devant le Sanhédrin et le peuple. Jésus n'est pas coupable d'un crime capital. "Je n'ai rien trouvé en lui qui mérite la mort".  Il sera mis en liberté, après avoir été châtié, c'est-à-dire fustigé. Mais la salle proteste contre le jugement. Elle réclame que Jésus soit crucifié et que Barabbas soit mis en liberté. Ce Barabbas est un prisonnier inculpé d'un crime capital : émeute et meurtre, destiné par conséquent au supplice. Pilate cède aux cris. II prononce une seconde sentence qui annule la première. Barabbas sera mis en liberté. Jésus sera livré à ce que veulent les Juifs. La mort de Jésus, lui le plus pur,  correspond donc bien à un sacrifice rituel, maquillé plus tard en condamnation judiciaire.

Bouc emmissare

On retrouve là, la profonde signification d’un rite expiatoire bien connu et célébré chaque année pour le Yom Kippour, que nous trouvons au chapitre 16 du Lévitique:  Aaron devait placer deux boucs à l’entrée de la Tente du Rendez-vous, puis il devait tirer au sort  entre les deux boucs. Il laissera au destin le soin de désigner le plus pur. Celui-ci, sera sacrifié à Yahvé. En imposant ses mains sur la tête de l'autre, Aaron confessait et le couvrait de tous les péchés de la communauté d’Israël, de toutes leurs transgressions et de toutes leurs fautes, puis envoyé au désert, terre aride et stérile du démon Azazel. C'est ainsi que naquit la définition du bouc émissaire, chargé de tous les péchés du monde que l'on expédiait dans le néant d'un précipice. A l'autre bouc, le pur, celui qui sera immolé, l'on attachait autour du cou un ruban rouge. Cette tradition de la couleur rouge est encore perpétrée de nos jours, en Alsace, avec le "Osterlaemmele" qui porte toujours, encore, ce ruban rouge, le dimanche de Pâques. Symbole d'innocence et d'obéissance, cet agneau rappelle le sacrifice du Christ "agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde". 

Là aussi, nous pouvons constater, que c’est le plus pur qui est sacrifié, qui se sacrifie. Par conséquent, l'on recouvre Jésus d'une tunique rouge. Cette tunique, que les soldats romains se partageront par la suite. Après que Jésus fut livré au peuple par le "Ecce Homo" prononcé par Pilate, il marche au Golgotha où le sacrifice se consomme. Alors que Barabbas, le criminel, celui qui est chargé de tous les péchés, est conduit à la porte du Temple. 

Ainsi, on l’a vu, c’est Barabbas qui sera libéré pour continuer sa vie dans ce monde, alors que Jésus, qui vit dans le monde, mais qui n’est pas de ce monde (Vous êtes de ce monde ; moi je ne suis pas de ce monde. Jn 8,23), (Mon royaume n'est pas de ce monde, …. mon royaume n'est point d'ici-bas. Jn, 18,36), Lui, sera immolé comme l’agneau, et par ce sacrifice sera hissé au centre de la croix.

Voici pourquoi, les Laemmele devraient porter un petit ruban rouge à Pâques, le jour où le Christ est ressuscité, …où il est vraiment ressuscité.

Joyeuses Pâques

L’Adoration de l'Agneau mystique ou Autel de Gand, achevé en 1432, est un polyptyque peint sur bois, un chef-d'œuvre de la peinture des primitifs flamands. L'agneau mystique, symbole de l'innocence, est le Christ incarné. Il est debout sur un autel, sur lequel est inscrit : "L'Agneau de Dieu qui a pris sur lui les péchés du monde".  Il verse son sang dans un calice, image sacrificielle du Christ. Il est entouré d'anges, les uns priant, les autres agitant des encensoirs ou portant les instruments de la Passion (couronne d'épines, clous, la colonne de la flagellation, le fouet...).

Retable de l 27agneau mystique 10

Date de dernière mise à jour : 22/03/2017