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La Lectio Divina

1 Rappel historique et signification spirituelle de la lectio divina

La Parole de Dieu fut pendant plusieurs siècles, cantonnée dans les monastères et les cloîtres. Les croyants, le peuple n’avaient pas accès aux Saintes Ecritures. Il fallut attendre le Concile Vatican II pour que nous assistions à une épiphanie de la Parole ( epiphaneia, « manifestation, apparition soudaine ») est la compréhension soudaine de l'essence ou de la signification de quelque chose.) et qu’elle soit enfin rendue accessible à l’ensemble de la communauté chrétienne.  Après Vatican II, Jean-Paul II recommanda la lectio divina et Benoît XVI demanda qu’elle devienne une prière quotidienne.

Lectio divina 1

 Replacée au centre de la vie de l’Eglise, la Parole est redécouverte comme une réalité vivante, dynamique, efficace. Elle redevient Parole de vie, et possibilité de vivre en Dieu à travers elle. La relation à la Bible comme à la Parole vivante de Dieu donnée à l’homme, s’enracine dans la tradition juive la plus ancienne. La Torah transmise à l’intérieur de l’histoire du peuple d’Israël par les prophètes, d’abord orale, puis mise par écrit. La Torah permet au peuple de relire son histoire à la lumière de la révélation. En la lectio divina, nous sommes engagés à « prier la Parole », en laissant vivre en nous le Livre tout entier, sous la direction de l’Esprit.

La lectio divina consiste donc en ceci : chercher le Christ dans la Parole comme dans l’Eucharistie.

 

2  De la liturgie de la Parole à la Lectio Divina

Il est très important de se préparer à lire l’Ecriture en s’y disposant, le cœur libre, le cœur pur. Et pour pratiquer la lectio divina, il nous faudra être fidèle, régulier, pratiquer seul, dans le silence, dans un endroit choisi qui nous porte à la prière. Tous les jours, à la même heure sous la direction de l’Esprit Saint. On lit, on prie, on médite selon une méthode inspirée par la méthode rabbinique du PARDES (pardès terme hébraïque qui désigne le   « paradis »).

3  LECTIO DIVINA

On se prépare à monter une échelle à 4 barreaux pour entrer au PARDES (Paradis, Verger). L’acronyme hébreu PRDS désigne la doctrine des 4 sens de l’écriture, 4 degrés d’interprétation :

1er degré : Peshat : littéral, sens réel.C’est  la LECTIO pure, le texte doit être choisi. En obéissant au lectionnaire (Le lectionnaire  est un livre liturgique contenant les passages des textes religieux lus à l'occasion des cérémonies religieuses. Il est donc l'ouvrage qui contient les lectures des offices dans la liturgie chrétienne, en particulier dans les messes catholiques et orthodoxes.). Sens historique : replacé l'écrit dans le contexte de l'époque.  On lit plusieurs fois le texte

2nd degré : Remez : allusif (suggestif, clin d’oeil) allégorique : symbole de l'objet de la lecture. C’est la MEDITATIO : on situe le texte dans son contexte, on cherche les termes significatifs, on analyse le texte, en procédant par concordances, en lisant les commentaires des pères. Que me dit le texte ? On le médite, on le « rumine » en gardant à l’esprit que le but est avant tout de connaitre le Seigneur. On cherche dans toute la bible ce qui est parallèle pour élargir, ouvrir le sens premier. Mais il ne s’agit pas là d’une exégèse intellectuelle même si on fait appel à notre mémoire en répétant les paroles par cœur. On lit, on médite « avec les yeux et les oreilles du cœur ». La Parole du Seigneur arrive à chacun : au simple comme à l’érudit directement dans le cœur.

3ième degré : Drash : on cherche « en profondeur » (littéralement « labourer »). C’est le sens moral : voir l'autre comme un éclat de Dieu, lecture symbolique. C’est l’ORATIO : on prie avec un regard « large », ici nous devenons des intercesseurs pour tous et pour toutes, notre cœur devient large. En demandant à l’Esprit Saint de nous ouvrir le cœur, de nous renouveler l’esprit et le cœur. Il se fait dans la lectio divina comme une dilatation qui nous porte à accueillir toujours davantage la Parole de Dieu, à nous remplir la bouche de ses paroles. On cherche à voir et à entendre le Seigneur dans l’accueil dans l’ouverture. (sans la volonté de l’ego).

4ième degré : Sod : le secret, anagogique : interprétation spirituelle. Le Sod, c’est la CONTEMPLATIO  Cela appartient à chacun, en face à face avec Dieu. Saint Bernard dans son Cantique dit : « Pendant que je fais la lectio divina, le Verbe me visite. Je le sens mais, tout de suite, il est déjà parti ». 

C’est comme si Dieu, alors qu’il nous visitait, nous permettait de voir le monde et chaque créature avec ses yeux, dans la contemplation pure. La lectio divina se fonde ainsi sur la doctrine des quatre sens de l'Écriture, définie également par Origène qui l’a introduite dans le christianisme oriental en 220. Au ive siècle la Lectio divina est introduite en Occident par saint Ambroise. Ambroise de Milan est évêque de Milan de 374 à 397Docteur de l'Église, il est l'un des quatre Pères de l'Église d'Occident, avec Saint Augustin,Jérôme de Stridon et saint Grégoire le Grand. Saint Augustin en fait une base de la prière monastique reprise par le docteur de l'Église Saint Hilaire de Poitiers.  

Au vie siècle Saint Benoît introduit la Lectio Divina dans la Règle de saint Benoît. Saint Bernard de Clairvaux, dernier des Pères de l'Église, en formalise l'importance chez les cisterciens. Thomas d’Aquin (1224/1274) de l’Ordre des Dominicains, célèbre pour son œuvre théologique et philosophique est considéré comme l'un des principaux maîtres de la philosophie scolastique et de la théologie catholique, a été proclamé docteur de l'Église par Pie V, en 1567.Il fait la synthèse des différents sens de l’Écriture en distinguant le sens littéral du sens spirituel.

  • Le premier est un sens historique, tandis que le sens spirituel (fondé sur le premier) est subdivisé en trois sens distincts :
  • Le sens allégorique (ou croyant) vise les réalités de la loi nouvelle, c’est-à-dire la personne du Christ ;
  • Le sens moral, rejoignant la vie personnelle, détermine ce que le chrétien doit faire pour les autres dans le Christ ; enfin,
  • Le sens anagogique ou mystique pressent les réalités éternelles ou la Gloire de Dieu. 

 

Ces différents sens ne sont pas séparés les uns des autres, car “tous les sens de la Sainte Écriture trouvent leur appui dans le sens littéral”. Ils ont aussi Dieu pour unique auteur. Voici les quatre étapes de la Lectio Divina:

  • lecture,
  • méditation,
  • prière,
  • contemplation

 

Qui ont été systématisées par Guigues le Chartreux (prieur de la grande Chartreuse) au 12ème siècle. Dénommée, «l’échelle du moine» illustre sa maxime «Cherchez dans la lecture, vous trouverez dans la méditation; frappez dans la prière, vous trouverez dans la contemplation» Pratiquée jusqu’au 16ème siècle dans l’Eglise, elle ne survivra que dans les monastères et sous une forme différente dans les Eglises de la Réforme. La tradition monastique oriente les trois temps vers le point culminant du dernier, qui est la contemplation et qui, durant des siècles, a disparu au profit d’approches plus «palpables et contrôlables». Les religions orientales ont permis de redécouvrir qu’il existait aussi une «méditation occidentale», appelée «contemplation», où la personne d’aujourd’hui peut trouver réponse à sa quête de spiritualité.

Redécouverte dans l’Église catholique à partir des années soixante-dix, la Lectio Divina, ou "Lecture Sainte" de la Bible, est sortie des monastères pour devenir une pratique de tout le peuple chrétien. Cependant, la Lectio n’a rien à voir avec un exercice de dévotion. De nos jours, sa forme l’éloigne de ses origines chartreuses qui étaient plus individuelles. Aujourd’hui, surtout lorsque la lecture priante s’effectue avec d’autres, l’écoute de la Parole de Dieu et le partage de ses richesses font grandir l’Église. La lectio divina ou lecture priante de la Parole ne peut être considérée comme une simple dévotion populaire, tels par exemple le rosaire, le Chemin de croix, l'adoration eucharistique, une liturgie pénitentielle, ou la catéchèse pour adulte. 

Pratiquée suivant les possibilités et les circonstances de la vie de communauté, elle invite à partager avec joie les richesses puisées dans la Parole de Dieu, grâce auxquelles des frères et des sœurs progressent ensemble et s'aident à avancer dans la vie spirituelle. Invocation de l’esprit saint. Sans l'action de l'Esprit « herméneute » (art d'interpréter), notre interprétation serait stérile du point de vue de la foi et de l'expérience du salut. Mais sans une attitude de foi, de communion, d'engagement dans un dialogue, d'obéissance confiante, de réponse priante, la lettre serait morte ou relèverait de l'hystérie (hérésie), ou encore de l'émotionnel à l'état pur.

Alors, concrètement, on fait quoi ?

Entrée en silence et en écoute- On a tendance à écourter cette phase, ou à carrément l’exclure. Or c’est elle qui va permettre l’efficacité de la Lectio. Epiclèse – Invoquer l’Esprit Saint qui nous rend capable d’écouter et de comprendre le texte (2 Co 3, 14-17)    Ϯ

Lectio – Lire le texte lentement. Donner un espace de silence pour qu’il puisse résonner à l’intérieur des participants. Chacun peut dire un mot, une expression qui l’a rejoint. Dans une atmosphère de recueillement le groupe a un effet de caisse de résonance qui conduit à une plus grande écoute. La participation active maintient l’attention.

Meditatio – relire le texte – silence – on entre plus avant dans une prise de conscience plus globale du texte, qu’on laisse se développer comme une plaque photographique. On peut  dire à haute voix dans le groupe une pensée, une intuition, en veillant à maintenir un temps d’accueil et de silence entre deux.

Oratio – relire le texte – silence – on répond à Dieu dans la prière – oraison «pure et brève» selon la recommandation de St Benoît, que l’on peut  aussi dire à haute voix – mêmes consignes.

Contemplatio – relire le texte. Puis cette dernière partie s’effectue entièrement en silence. On demeure dans l’écoute, le silence intérieur, la Présence de Dieu, sous l’influence de la saveur de la Parole reçue, dans la lumière qui s’est donnée à nous. Cette étape est pour nous la plus difficile, mais elle est aussi celle qui est la plus transformatrice car elle est communion directe avec la personne du Christ.

Prise de notes pour ceux qui le désirent – elles pourront servir de base à un temps de partage

Partage sur le vécu, les prises de conscience de chacun, puis court cadrage théologique à partir de l’approche objective du texte biblique. On peut terminer par un tour de table où chacun-e partage la parole – ou la phrase personnelle - avec laquelle il ou elle repart.

Lieu et temps. Pour la Lectio personnelle, comme pour la pratique en groupe, on s’en apercevra, c’est la régularité du temps et du lieu qui importe. L’habitude, la discipline personnelle se révèlent hautement efficaces et fécondes. On recommande en général  une heure le matin (ou 2 fois 1/2 h. soit matin et après-midi), on peut commencer par de plus courtes périodes (4 fois x 15mn). Le lieu réservé à la Lectio doit favoriser l’attention, donc écarter des sources de distractions (téléphone…), et faciliter le recueillement (beauté, icône, fleurs, bougies, ou coin dans la nature…). La LD peut aussi se faire en marchant, l’exercice sera différent, mais conviendra mieux à certains. Ces mêmes remarques sont applicables à la Lectio en groupe (beau lieu, chapelle ou coin aménagé dans une église). C’est aussi la régularité (rythme mensuel, ou à quinzaine, sur une année d’activités paroissiales ou de groupe) qui va permettre de se familiariser et d’être à l’aise avec la méthode. Timing: prévoir une heure pour la lectio divina elle-même.

 

Installation, entrée dans le recueillement et le silence 10’

  • lectio  10’
  • meditatio 10’
  • oratio 10’
  • contemplatio 10’
  • prise de notes  et sortie en silence 10’
  • puis pause et partage  d’1 h env. pour le groupe
  • BONNE LECTIO DIVINA A TOUS

Commentaires (1)

Lemuel

Thanks for finally writing about >La Lectio Divina <Liked it!

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Date de dernière mise à jour : 24/11/2016